L’HISTOIRE DU MOIS
Insurrections
dansées
REPORTAGE GONZO. Initié par deux danseuses latinas, le projet Cuerpas traduit sous forme chorégraphique les manifestations ayant lieu en Amérique latine. Tifen Marivain raconte son expérience dans ce grand corps collectif.
TEXTE : TIFEN MARIVAIN.
IMAGES : HANNA PALLOT.
Cet article est à lire en intégralité dans le nouveau numéro de Gaze, dédié au thème Furie. Dispo maintenant !
Janvier 2026, Pantin, Seine-Saint-Denis. Studio de répétition du Centre national de la danse (CND). Première séance. Nous sommes quarante danseuses et danseurs amateur·ices et nous apprenons à nous connaître d’abord par le corps. Bouger ensemble, respirer ensemble, partager des énergies pour plus tard partager nos luttes. Se dessine en filigrane une histoire qui est la nôtre, un groupe comme une horde, avançant à pas de loup. Soudain, les poings se hissent, les bras tendus vers le ciel.
Peu d’indications dans l’appel à participation lancé par le CND, auquel nous serons plus de deux cents à répondre : « Participez à une création collective accompagnée des artistes Marcela Santander Corvalán, Lucía García Pullés et Aria “Seashell” de la Celle ! Le projet Cuerpas prendra la forme d’une déambulation, d’un corps collectif, afin de créer un lieu de passage mouvant et sensuel, un espace de résistance et une fête. » Ces quelques mots résonnent en moi immédiatement : corps collectif, fête, espace de résistance. Depuis quelques années, ma vie est aussi dans ces espaces alternatifs où l’on s’affranchit des normes, où on les réinvente… mais ça, c’est une autre histoire.
“Vous devez vous occuper de l’autre comme si c’était la personne la plus précieuse sur Terre, il ne doit rien lui arriver”, nous dit la chorégraphe avec douceur.
Cuerpas, est un projet imaginé par Marcela Santander Corvalán, rejointe par Lucíia García Pullés, toutes deux danseuses et chorégraphes, l’une Chilienne, l’autre Argentine. Pour Marcela, la danse, c’est avant tout créer des espaces de transmissions, d’enseignements transversaux. Elle croit profondément à la force du collectif et ne veut pas être la seule voix de ses projets, bien au contraire. Pour Cuerpas, elle s’est entourée de femmes artistes qui l’inspirent et à qui elle souhaite laisser la place. D’ailleurs, elle n’est pas là ce soir, et laisse Lucía présenter le projet et nous faire entrer dans le collectif. Lucía et Marcela ont cette manière de parler de la danse comme d’un espace de soin, de lâcher prise, de débordement, en un mot un espace de résistance. Pas étonnant qu’elles se soient rencontrées en manif’.
Dès la première séance, les mots prennent sens. Lucía nous amène dans des espaces de proximité et de sensualité. Les séances commenceront toutes de la même manière : une attention particulière portée à l’autre, un moment de transmission d’énergie grâce au toucher, à deux ou à trois, une manière d’entrer dans la pratique, de créer des bulles de tendresse et d’attention. Un espace qui n’existe pas (ou peu) dans la vraie vie. Faire confiance, se laisser soigner : « Vous devez vous occuper de l’autre comme si c’était la personne la plus précieuse sur Terre, il ne doit rien lui arriver. » Marcela me le confie, l’enjeu de ce projet est de créer des liens. « Pourquoi je m’occuperais seulement des personnes que je connais ? » Prendre soin d’inconnu·es, ne serait-ce pas là une première forme de désobéissance ?
Pour lire la suite, commandez le nouveau numéro de Gaze, “Furie”, dispo maintenant !
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