Les recos culturelles de l’autrice Érika Nomeni
Cher·e vous,
Vous vous voyez où en 2043 ? Au vu de la température actuelle, je ne voudrais pas vous transmettre mon pessimisme. Érika Nomeni, elle, s'est imaginée aux Oscars. Dans son nouveau roman, Le Prix, l’autrice d’origine congolaise et basée à Marseille raconte l’histoire d’Hélène, une écrivaine noire, lesbienne et anciennement précaire, qui s’envole pour Los Angeles, alors que l'adaptation cinématographique de son premier roman est nominée pour un prestigieux prix. Mais Hélène n'est pas galvanisée par ses privilèges acquis. Comme sous une canicule anormalement longue, elle sait que la piscine des uns est faite de la sueur du front des autres. Une lecture glaçante qui vient à point — inspirée des œuvres iconiques qu’elle partage ci-dessous.— Mélissa Chidiac
«VERS LA TENDRESSE»,
ALICE DIOP (2016)
La première fois, je n’ai pas aimé ce film. Mon engagement féministe faisait que je ne voulais plus entendre parler des mecs. C’était avant #MeToo, et c’était compliqué pour moi de me mettre à la place de « l’autre ». J’ai regretté cette révulsion lors de mon second visionnage, au festival Massilia Afropéa, en présence d’Alice Diop. Je me souviens lui avoir dit tout cela, sans filtre, puis je lui ai dis merci, car j’ai enfin vu et compris son propos. Elle rend compte de la violence ailleurs, et finalement, partout. Toute mon admiration va à Alice Diop.
«LETTRE À MA FILLE»,
MAYA ANGELOU (2008)
Ce qui me bouleverse, c’est la manière dont Maya Angelou transforme ses traumatismes pour faire quelque chose de beau, sans pour autant faire comme s’ils n’avaient pas existé. Elle a été cette femme phénoménale, sans nier sa souffrance et sa douleur. Parfois, on veut nous enfermer dans la résilience, et j’étais à un endroit de ma vie où j’avais envie de me trouver belle malgré mes cicatrices. Ce livre m’a apporté ça.
« SHADES OF BLUE »,
KELSEY LU (2019)
C'est LA chanson de rupture. Elle raconte la perte du bonheur, le jeu d'une relation pas très saine et le sentiment d’échec de ne pas avoir été aimée. C’est un sentiment que j'ai longtemps porté : ne pas être assez, car tu es déjà trop.