Les recos culturelles de la critique d’art Anne Bourrassé
Cher·e vous,
Pour nous qui éditons une revue féministe et culturelle, la question des inégalités de genre dans le monde de l'art est omniprésente. On y pense quand on découvre les programmations des musées, on fait mine de s'en étonner quand on entend que les programmes d'histoire de l'art n'essaient toujours pas d'éviter le piège du boys club, on compte les femmes partout, tout le temps. Alors quand la commissaire d'exposition et critique d'art Anne Bourrassé a choisi d'y consacrer un livre, dénonçant un système ancré depuis des siècles, on s'est jetées dessus. Elle dresse un constat amer : à toutes les étapes, les artistes femmes ne sont pas aussi présentes qu'elles devraient l'être. Heureusement, Anne Bourrassée, portée par celles qu’elle appelle « nos aînées et nos contemporaines » prend le relai d’un combat de longue haleine. On aime croire qu’on se joint à elle avec cette newsletter: pour ne plus compter les absentes, réunissons les noms d’artistes femmes et non binaires pour ne plus pouvoir nier leur existence ! — Mélissa Chidiac
«APOLINIA APOLONIA»,
LÉA GLOB (2022)
Dans mes recherches récentes, c'est Apolonia Apolonia de Léa Glob, un film documentaire très puissant sur l'artiste contemporaine Apolonia Sokol. Ce film rend compte de la réalité de la vie d'artiste, et se défait du mythe du génie. Nous la suivons de ses études, aux Beaux-Arts de Paris, à son ascension dans le milieu, avec toute sa beauté et sa violence.
«THROUGH THE FLOWER»,
JUDY CHICAGO (1975)
Dans ce livre, publié en 1975, j'ai trouvé tellement de similitudes avec mon parcours dans une école d'art, alors qu'elle y est passée plus de 60 ans avant moi, et aux États-Unis. Elle y raconte son parcours d'artiste, les violences subies, la genèse de ses œuvres monumentales et du premier programme d'art féministe aux États-Unis, à l'université de Fresno, qu'elle fonde en 1970. Les livres dans lesquels nos aînées ou nos contemporaines partagent leurs expériences sont rares et précieux pour comprendre la réalité des travailleuses de l'art et des militantes féministes d'aujourd'hui.
«PAPILLA ESTELAR»,
REMEDIOS VARO (2025)
Le tableau de l'artiste espagnole Remedios Varo, intitulé Papilla estelar (Bouillie céleste), représente une femme dans une cage ouverte en train de créer. Cette œuvre a une grande portée symbolique et touchante sur l’émancipation et la création. Remedios Varo a vécu à Paris, puis à Marseille, contrainte à un exil sans retour à cause du franquisme. Son travail au sein du mouvement surréaliste est malheureusement trop peu connu du grand public, malgré son immense héritage.